Toujours présent dans toutes les listes de meilleurs chanteurs et interprètes de ce pays, Réginald Cangé n’a jamais raté l’occasion de séduire, charmer ceux qui l’écoutent chanter avec sa guitare ou accompagné d’un groupe musical. De Fresh à Fasil, en passant par Zenglen, Pè Las n’a cessé de confirmer son immense talent de chanteur. Plein de souvenirs du compas, à l’occasion des 60 ans de ce rythme, l’artiste nous parle des chansons et des formations musicales qui l’ont marqué.
Tout en reconnaissant les problèmes auxquels se trouve confronté le rythme de Nemours Jean-Baptiste, Réginald Cangé déclare avoir confiance en lui. D’ailleurs, l’interprète de « Rezilta » prédit que le compas, musique haïtienne, sera le plus vendue dans le monde.
Rapport avec le compas
C’est la musique que l’Haïtien connaît le plus. Comme le compas est le courant musical d’Haïti le plus médiatisé, donk se ladan l m pran, mais je n’ai pas trop regretté, parce que c’est notre musique. C’est le compas qu’on danse la nuit. Je souhaite que dans un avenir pas trop lointain, les animateurs, ceux qui vendent notre culture, ne le fassent pas seulement pour une seule musique, car nous en avons beaucoup.
Souvenirs du compas
J’ai beaucoup de bons souvenirs du compas. Le fait que je suis l’une des personnes qui le jouent veut déjà beaucoup dire. Jusqu’à présent, c’est ce que je fais le mieux. Bien que des amis m’invitent à chanter d’autres choses, c’est le compas qui me vend comme un grand citoyen, qui me donne de l’argent et qui m’autorise à circuler à n’importe quelle heure dans les rues sous la protection de la police… même quand je serais en contravention avec la loi.
Les chansons qui ont marqué Réginald Cangé
Ne demandez pas à Réginald Cangé de choisir seulement trois chansons compas qu’il préfère, car il en a plus que ça. Dans sa liste, il y a « Zanmi » de son groupe Fasil, « Libète » de Magnum Band, qui l’a beaucoup touché, « Superstition » de l’orchestre Tropicana d’Haïti, « Caroline » de Skah Shah #1, « Lage m pou m ale » de Tabou Combo chantée par Dener Céide. « Ce sont toutes ces chansons qui font de moi ce que je suis. Je continuerai à me battre si Dieu continue à me bénir, parce que je n’ai jamais abandonné. Je peux avoir un problème avec un ami ou un musicien, mais pas avec sa musique, parce que je ne peux pas être hypocrite quand il s’agit de musique. Si elle est bonne, je l’apprécierai.
Les orchestres qui l’ont marqué
Si je ne me trompe pas, j’ai commencé à sortir en 2001, mais avant j’écoutais leur musique à la radio. Quand je regarde le Magnum Band qui joue, c’est du sérieux. Regarder Tabou Combo avec un Shoubou qui fait bouger dix, vingt, cinquante mille personnes dans des pays étrangers, c’est extraordinaire. Les Frères Déjean sont aussi un autre bel orchestre avec de belles œuvres.
Réginald a confiance dans le compas
Je pense que ceux qui souffrent un jour sont ceux qui gagneront. C’est vrai qu’il y a beaucoup de travail à faire. On dit que le compas a un problème de langue, que la rythmique est compliquée (parfois c’est le gong dans sa façon de frapper derrière le « kick », bip bip bip). Certaines personnes disent que c’est ce que les étrangers (Blancs) ne comprennent pas. On raconte beaucoup de choses, mais ce que j’ai constaté, c’est qu’il y a beaucoup d’Africains qui sont en train de percer dans le monde musical avec leur soukouss, qu’ils parlent un anglais « débraillé ». Mais, vous comprendrez, ils viennent avec leur beat, qui est intéressant, et ils passent. Je pense que c’est une question de quantité de gens qui achètent les albums, parce que lorsque l’artiste produit et qu’un grand label comme Sony, par exemple, est au courant que cet artiste vend seulement dans son pays cinq cent mille, un million d’exemplaires, rapidement, il va se dire que c’est un marché sérieux, que c’est un grand artiste. Un million d’albums à 10 dollars, c’est un gros record. On décerne de grandes récompenses pour cet exploit dans de grandes industries. Au sein de la société haïtienne, c’est peut-être une affaire de conscience, surtout avec le problème de pouvoir d’achat. Même s’il travaille, vu que son salaire souvent ne couvre pas toutes ses dépenses essentielles, s’acheter un album musical à 250 gourdes ou 500 gourdes est quasiment un luxe qu’il ne peut pas se permettre.
Arrivé un moment, notre musique sera la plus vendue sur cette terre… Moi, je n’ai pas peur. Il y a beaucoup de choses à faire, il nous reste à avoir un pays qui marche, des gens qui travaillent. Une conscientisation musicale doit aussi se faire et nous devons avoir des acteurs pour effectuer ce travail avec le peuple.