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Réginald Cangé dit tout sur le retour de Fasil

Réginald Cangé a.k.a. Pè Las sort de son silence peu de temps après son départ de Zenglen, groupe dans lequel il a passé environ trois ans après sa deuxième intégration. Sans trop tarder, le chanteur annonce publiquement la reconstitution de Fasil.
Plusieurs anciens musiciens de Fasil retrouvent Réginald et leur ancien groupe pour cette nouvelle aventure. Le chanteur annonce la grande première (la soirée de retour) de Fasil pour juillet prochain, avant d’entrer en tournée au pays pour les vacances d’été. « Plusieurs prestations attendent déjà ce band », affirme-t-il.
Parallèlement au retour de Fasil et à la préparation de ce groupe, Réginald Cangé confie qu’il prépare actuellement un album conjoint rap et compas avec un rappeur de Barikad Crew, Fantom, qui sortira le mois prochain. Pour avoir failli se trouver sur le char de Barikad Crew accidenté durant le carnaval 2015, il est l’un des premiers artistes à avoir sorti une musique en hommage aux victimes de ce drame.
Au cours d’une interview exclusive qu’il nous a accordée, Réginald Cangé a expliqué la raison de son départ de Zenglen. Il s’en est pris à Brutus, le responsable de son ancienne équipe.

Tu as rendu un bel hommage aux victimes du carnaval avec l’adaptation de « S.O.S. d’un terrien en détresse »…
Merci. C’est une façon de dire aux fanatiques de la bonne musique que Réginald Cangé peut essayer de faire beaucoup de choses différentes. Ils ne doivent pas me voir comme quelqu’un qui chante uniquement le compas, mais comme un artiste qui essaie de faire des choses difficiles, qui veut se rendre là où d’autres musiciens ne peuvent pas ou ne veulent pas aller. La vie est un choix. Je peux choisir de faire ceci et un autre non. À la fin, chacun apporte son résultat en voyant les choses différemment. C’est ce qui donne à la vie tout son sens.

Cette chanson rend triste beaucoup de gens
Oui. Elle est très triste, parce que c’est la vie, ce sont des questions qui se posent et c’est une chanson qui, pendant que je la chantais, m’a inspiré un hommage aux victimes. Car j’étais en Haïti lors du drame et je devais me trouver sur le char de Barikad Crew ! Pour ne pas rester muet comme quelqu’un pour qui la musique n’a rien fait, je l’ai adaptée. Parce que la musique m’arrange. Je remercie Dieu. Merci la vie.

Donc, ce n’est pas un hasard que tu participes sur la chanson « Kite’l fè travay li » de Fantom et que tu dédies toi-même une chanson aux victimes du carnaval ?
Non, ce n’est pas un hasard. Nous avons de très bons rapports sur le plan musical, Barikad et moi. Je n’ai pas de problème avec le rap kreyòl, encore moins avec ces messieurs. Nous avons déjà fait des duos et des collabos. Donc c’était naturel de faire cette chanson. Ce genre de musique peut aider parce qu’on n’est pas obligé de toujours chanter les mêmes choses.

Vu qu’on n’a pas assez de chanson de circonstance, ton adaptation de « S.O.S. d’un terrien en détresse » de Daniel Balavoine ne mériterait-elle pas selon toi une vidéo ?
Je n’avais pas ce plan en tête, mais c’est une très bonne idée. On prendra des dispositions afin de voir dans quelles mesures on peut faire une belle vidéo pour cette chanson. Certaines fois, on a besoin de musique pour faire sentir les malheurs qu’on vit dans le présent ; des fois, on a besoin aussi d’images qui nous montrent le présent.

Sais-tu qu’il y a des gens qui ont beaucoup critiqué ta brusque séparation de Zenglen ?
Ils ne comprennent pas la séparation. Ils ont simplement constaté que cela s’est fait rapidement, mais ils ne savent pas comment a été mon retour au sein du groupe. Ils devraient regarder la rapidité avec laquelle j’étais retourné à Zenglen avant de juger celle de mon départ. Toutefois, je comprends les fans, ils avaient leur façon à eux de me voir dans le groupe ; je souhaiterais que Brutus comprenne toujours et respecte le fait que ma présence donne un plus au groupe. Les fans en sont satisfaits et ils aimeraient que je sois toujours là.

Mais pourquoi cela n’a pas duré ?
Je n’ai pas quitté le groupe un bon matin. J’ai quand même passé environ trois ans au sein du groupe ! A Zenglen, c’est son propriétaire Brutus Dérissaint qui ne fait pas son travail. Il y a un an de cela, j’ai suggéré au responsable de Zenglen de faire quelque chose pour améliorer le fonctionnement du groupe, mais cela ne l’intéressait pas. J’étais inconfortable musicalement dans le groupe… mais je respecte la vie privée des autres, je ne veux pas étaler leurs problèmes sur la place publique.

Que penses-tu de Frero et Klemay, les deux nouveaux chanteurs de Zenglen ?
C’est le droit de Brutus de croire que Frero et Klemay vont éclater. Ce sont deux chanteurs qui ont leur passé dans le business. Frero était à Zenglen, il a laissé un petit goût doux ; sans doute les fans vont être contents de revivre ça. Klemay peut-être n’était pas dans Zenglen, mais il s’est bien débrouillé au sein de Klass. Jusqu’à présent, Brutus n’a pas péché. C’est aux chanteurs de le confirmer en faisant des choses que le public aime. Toutefois, je peux affirmer que Brutus ne croit pas vraiment en la promotion. Si les chansons de Zenglen trouvent la grande appréciation du public, d’accord, elles peuvent cartonner sur les ondes. Mais ce n’est pas du fait que Brutus croit dans la promotion, d’ailleurs personne n’aime trop fonctionner avec lui parce qu’il ne respecte pas ses paroles. Zenglen est un groupe béni, c’est tout. Si Brutus se souciait réellement de la promotion, il ne gérerait pas tout, lui seul, lors des tournées. C’est avec l’argent de la tournée qu’on paie les chambres d’hôtel, par exemple, or des sponsors pourraient couvrir ces dépenses. Le groupe a produit l’album « Rezilta », la chanson éponyme marchait bien, même le gouvernement en parlait. Les autorités utilisaient le mot « Rezilta » pour parler de leurs réussites. On aurait pu solliciter une subvention, mais on n’en a eu aucune, pas parce qu’ils ne voulaient pas nous l’accorder, mais parce qu’il n’y a eu personne pour leur faire la demande.

Alors c’est une façon de te défendre et de dire à ceux qui te critiquent qu’ils ne savent pas exactement pourquoi tu as laissé le groupe ?
Oui. Ils ne savent pas vraiment. Ils ne me voient que sur scène en train de chanter pour eux. Ils aimeraient faire choix de moi pour quarante ans encore ! Personne ne peut choisir à ma place. J’ai un don, c’est à moi de faire mon choix. J’ai le droit de faire ce que je veux avec mon talent naturel.

Il est bruit que le refus du rôle de maestro par les autres musiciens serait pour beaucoup aussi de ton départ de Zenglen, est-ce vrai ?
Ce n’est pas du tout ça ! Parce que je ne voulais même pas être le maestro de Zenglen. Quand je suis devant un groupe, j’ai déjà le contrôle de tous les musiciens.

Après ton départ de Zenglen, tu reviens avec Fasil ?
J’ai quitté Zenglen cela fait quelques jours. Fasil, c’est la musique qu’on fait dans une autre dimension ou de la façon dont je la perçois. Actuellement, je suis sur deux fronts. Fantom et moi, nous produisons un album conjoint titré « FARE » (Fantom et Réginald). C’est un projet rapide très attendu qu’on réalise. Et pendant que je suis en studio avec Fantom, je suis en pourparlers avec plusieurs musiciens qui se sont déjà regroupés et qui ont déjà pris la direction de Fasil. Après deux semaines de répétition, j’aurai besoin de quinze morceaux bien choisis et bien travaillés pour planifier une superbe soirée. Quand on les jouera, les gens les aimeront. Projet rap et compas bien zouké avec Fantom et Fasil, c’est ce que je fais actuellement !

Quels sont les musiciens qui sont avec toi à Fasil, y a-t-il des musiciens de Zenglen et des anciens de Fasil ?
Je n’ai aucun musicien de Zenglen avec moi, qu’il soit ancien ou nouveau. Je ne sais pas si à l’avenir j’en aurai, mais aujourd’hui, je ne pense à personne. Je peux quitter un groupe, mais je ne veux pas le détruire pour autant, je respecte ça. Je gère mon confort, si je ne me sens pas bien, je m’en vais. En revanche, si quelqu’un veut me rejoindre à Fasil, ma porte lui sera grande ouverte. Maintenant, j’ai plusieurs anciens musiciens de Fasil, mélangés avec quelques autres : David Vincent, guitariste ; maestro Agusto ; Junior Archibal, gongiste ; Dorestant, tambourineur ; Ti Pouch, batteur ; Greg, keyboradiste ; et une paire de trombones avec notamment un Bahaméen, en attendant de trouver l’autre.

Fasil est basé à Miami ou en Haïti ?
Le groupe a son quartier général à Miami, puisque je l’ai déjà fait en Haïti. Je me suis déjà battu là-bas durant environ quatre ans, il est temps de faire une autre expérience.

A quand la grande première de Fasil ?
Le groupe est supposé être en tournée en Haïti en juillet. Je suis en pourparlers avec plusieurs promoteurs qui sont intéressés et qui veulent se renseigner davantage. Même quand ce serait pour quatre prestations dans quatre zones différentes et avec des promoteurs qui croient dans le travail, Fasil sera en Haïti en juillet prochain. Pour ce tour, on sait déjà que le 24 juillet, Fasil sera à Anse-à-Foleur. Le Sud réclame Fasil et a toujours supporté le groupe. On leur promet beaucoup. La veille de notre départ pour Haïti, nous donnerons une prestation à Miami qui plaira beaucoup aux fanatiques avant cette tournée.

N’y aura-t-il pas de nouvelles chansons, d’album avant la soirée de retour et la tournée de Fasil en Haïti ?
Je ne suis pas pressé. Je ne crois pas en la précipitation. J’aime prendre mon temps. D’ailleurs, les grands producteurs qui font toujours de belles chansons dans l’HMI ne sont jamais pressés. Le public, mes fans sont là. Ils ne partiront pas. Il y a une autre chose qui m’arrange, c’est qu’il y a beaucoup d’autres groupes qui font de la bonne musique que les gens pourront danser en attendant. Cela veut dire que le public n’aura pas trop soif de musique. Cela peut arriver qu’il manque un petit Réginald de jadis et c’est à ce moment-là que Fasil entrera d’emblée dans le jeu. Nous reculons pour mieux sauter. C’est vrai que nous devrions annoncer une nouvelle chanson, par principe, mais quand on croit à une dimension, parfois on doit s’en abstenir. Les gens ne feront que constater que nous jouons du bon compas !

Qui sera au management de Fasil ?
J’aurai avec moi beaucoup d’amis, mais je ne souhaite pas avoir un millionnaire qui va donner trente millions de dollars ! J’ai besoin d’amis, d’investisseurs… A Fasil, nous respectons le titre de manager. Certaines fois, nos managers s’assoient confortablement, l’album marche et ils reçoivent des appels, des demandes sans rien faire d’autre. Moi, je veux m’occuper de la musique tandis que le manager fera véritablement son travail.

Tu as un message pour les fans de Fasil, ceux qui étaient fidèles au groupe à 50/50, Panoplie, Aux Calebasses, etc. dans les bons comme dans les mauvais moments?
Nous leur demandons de prendre patience. La seule chose, c’est qu’il y aura un problème d’espace quand nous recommencerons.

Quelles dispositions prendras-tu pour éviter que certaines choses qui arrivaient à Zenglen ne se se répètent au sein de Fasil ?
Le respect mutuel est la base du bon fonctionnement de toute institution. Les principes, le partage aussi. Si nous nous mettons d’accord sur certaines choses, nous devons les respecter. Par exemple, les musiciens doivent toucher leur dû à temps, car ils ont des obligations, tout comme moi qui suis musicien comme eux. Je n’avais jamais ce problème avec mes musiciens, seulement certains voulaient être rémunérés comme dans les grands groupes musicaux qui existent depuis 15 ans ou plus alors que nous n’étions pas encore à ce niveau. Fasil ne jouait pas pour le même prix que certaines de ces formations musicales. Heureusement, maintenant je sais combien les musiciens reçoivent de Zenglen comme « gwo djaz » et de bien d’autres groupes encore. A Fasil, si les choses marchent, tout le monde touchera bien.

Zenglen est-il le compétiteur de Fasil ?
Je ne connais pas ceux qui vont se rebeller contre moi ou s’attaquer à moi, mais je ne compte pas m’adresser à personne parce que je crois plus en ma chanson pour satisfaire les gens. Cependant, si on le fait peut-être que je peux me défendre.

A quand l’album de Fasil ?
Il sortira en janvier 2016. Nous préparons un album avec au moins trois hits. Nous prions, nous demandons à Dieu de nous donner la force pour réaliser cela.

Y aura-t-il un Ti Pouchon # 2 ou Rezilta #2 sur cet album ?
Cette fois, c’est « Chèlbè » qu’il s’appellera (rires).