Née un 14 juillet, dans le même mois que le compas direct, Georgy Métellus, chanteuse et danseuse, a connu beaucoup de succès, seule, avec Zin ou avec d’autres groupes. Elle prépare actuellement son album et s’exprime aussi sur les 60 ans du compas direct.
Versatile, Georgy dit avoir beaucoup de souvenirs de ce rythme dont ce fameux concert au Zénith de Paris qui a réuni beaucoup de fans, notamment des Martiniquais, des Guadeloupéens, qui lui avaient réservée un accueil chaleureux. Avant même sa montée sur scène, ils scandaient “Georgy ! Georgy ! Georgy !” “Plusieurs personnes pleuraient et étaient contentes de me voir. J’ai joué en playback, cela n’a semblé déranger quiconque, raconte l’artiste. Après ma performance, des fanatiques se sont précipités derrière la scène pour me parler. Ils me touchaient et déclaraient qu’ils n’allaient pas se baigner dans la soirée tellement ils étaient fiers, parce que, disaient-ils, je représentais un modèle pour eux ! Ils m’ont apporté des fleurs et pas mal de cadeaux. Cela m’avait réellement fait plaisir. A la fin, ce sont des agents de sécurité qui m’ont conduite dans la limousine qui m’attendait pour m’emmener à l’hôtel.” Et c’est ce jour-là qu’on a donné à la chanteuse le surnom de Princess Georgy qui est resté depuis.
Georgy Métellus dit se souvenir également d’un récent concert, la réunion de Zin au Parc historique de la canne à sucre, à Tabarre. “Pendant que je me dirigeais vers le stage, une femme a accouru vers moi, m’a tenue dans ses bras et m’a embrassée en disant comment elle m’adorait ainsi que toute sa famille. Et de fait, on l’avait aussi appelée de Georgy ! Cela nous a fait pleurer ce soir-là. Et d’autres gens avaient scandé “Georgy !” lors de la prestation de Zin. J’ai été vraiment très émue.” La chanteuse se rappelle aussi une performance en Martinique où les filles s’étaient fait tatouer leur sein comme elle, en écrivant son nom sous le signe astrologique du Cancer ; les garçons l’avaient fait sur leurs bras. “Des gens portaient également des t-shirts à l’effigie de Georgy Métellus (Princess Georgy) », cela m’a montré comment ils m’aiment, relate l’artiste.
Comme tant d’autres, il est difficile pour la chanteuse de choisir seulement trois des plus belles chansons compas tellement il y en a. Dans la liste de Princess Georgy, on trouve « Korije » de Ti Manno. La chanteuse précise qu’elle n’était pas encore née et qu’elle ne connaissait pas cette génération, mais c’est une musique bien travaillée, très significative qu’elle aime. La princesse jette aussi son dévolu sur « Lèlène chérie » de Shoogar Combo, « Notre histoire » de Nu-Look, « Ayiti p ap kraze » de T-Vice et « Zanmi » de Nickenson Prud’homme (Nicky).
A l’occasion des 60 ans du compas, Georgy Métellus souhaite que le compas traverse les frontières comme la musique jamaïcaine et trinidadienne. Elle aimerait que les stations étrangères diffusent la musique haïtienne comme on diffuse beaucoup de musiques étrangères dans les médias en Haïti. “J’aimerais que cela se fasse aussi aux Etats-Unis et dans les autres pays pour la musique haïtienne, le compas. Mais pour que cela puisse se faire, les artistes doivent s’entendre. Il faut plus de mélodies, suggère-t-elle. Il faut que les artistes et les groupes musicaux travaillent mieux les morceaux comme ceux d’autrefois. Les jeunes artistes doivent aussi manifester du respect envers les aînés, les honorer. Je souhaite aussi que les promoteurs donnent aussi une chance aux artistes solos et aux femmes. Ils ne sont pas obligés de supporter et de programmer seulement les groupes musicaux alors qu’en Martinique, en Guadeloupe, en France, c’est différent. Le problème de « bootleg » doit cesser également, parce que c’est dur de dépenser de l’argent et de l’énergie et de voir ses œuvres boycottées. Cela ne fait pas de sens que des gens mettent les chansons et tout l’album des artistes sur Youtube pour faire profit. Cela ne fait pas l’affaire des artistes, qui ont consenti beaucoup d’efforts pour réaliser un produit. Je souhaite aussi qu’il y ait une compagnie pour pouvoir signer et travailler avec les artistes. C’est une honte qu’après 60 ans on n’ait pas cela dans notre industrie musicale comme les Etats-Unis ayant Sony Record, Columbia Record, Bad Boy Record Company, etc., sans comparer notre konpa à la musique américaine. Il faut un changement dans la musique haïtienne.”