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Haitian Compas Festival, une 18e édition évocatrice

Comme chaque année depuis tantôt dix-huit ans, des milliers d’Haïtiens éparpillés à travers le monde, notamment les Etats-Unis et Haïti, se donnent rendez-vous à Miami pour célébrer le drapeau aux sons de notre musique populaire, le compas direct. La compagnie d’organisation de soirées dansantes Noel & Cecibon propose ce grand évènement musical incontournable à nos compatriotes sous le vocable “Haitian Compas Festival”.
Depuis ces dix-huit ans, nos groupes musicaux, particulièrement ceux de la tendance compas, se font toujours le grand plaisir de répondre positivement à l’appel des organisateurs de ce festival réalisé à Miami. Cette année encore, environ dix groupes musicaux étaient inscrits dans le line-up. Pour des raisons diverses, trois d’entre eux ont brillé par leur absence. Nu-Look, Disip et K-zino.
La bande à Arly Larivière a raté sa performance pour cause de retard. Disip était absent à cause du décès récent de la mère de son propriétaire et chanteur vedette, Gazzman Couleur. La très jeune et très prometteuse formation musicale K-zino n’a, quant à elle, même pas fait le déplacement pour Miami à cause de retard avec le consulat.
A part ces absences regrettées, sept des groupes ténors du compas ont eu la chance de performer à la 18e édition de Haitian Compas Festival. Il s’agit de Kreyòl La, Carimi, Harmonik, T-Vice, Djakout #1, Klass et Sweet Micky.
Kreyòl La
Ce groupe qui a déjà plus de dix ans d’existence a été le premier à performer. Pendant quinze minutes (durée allouée à chaque formation musicale), la bande à T-Jo Zenny a tenté de chauffer un public qui se prêtait timidement au jeu. Avec le rappeur Fantom en renfort et un T-Jo animateur égal à lui-même, cela a marché tant bien que mal. Avec un medley de deux ou trois compositions très rythmées et sa dernière méringue en date Kreyòl La, qui semblait par moments accélérer sa prestation, a tiré son épingle du jeu sans grand spectacle. On reproche quand même au groupe de n’avoir même pas jouer une seule musique au complet. Festival certes, mais pas carnaval.
Carimi, l’intelligent
Sans nouvelle composition musicale, Carimi a eu l’intelligence de présenter un show concocté avec des morceaux “hot” et un “Baby i miss u” très adulé des femmes qui a fait danser les festivaliers de BayFront Park. En grands professionnels, les hommes de Fito Farinen ont passé en revue les hits “Buzz”, “Kita Nago”, “Are you ready ?” et quelques parties de leurs chansons carnavalesques à succès. A plusieurs moments de la prestation de la seule bande basée à New York, Bayfront Park a été très acquis à sa cause. Il faut noter la participation du rappeur Izolan et du talentueux Mikaben. On ne peut pas parler d’un Carimi des grands jours. Toutefois, on doit admettre que le groupe a fait une bonne partie cette année encore.
Harmonik, un beau comeback
Absente pendant trois ans à ce festival suite au départ du manager-fondateur Rodney Noël, la bande à Nickenson Prud’homme était de retour cette année. Plus matures et plus sûrs d’eux, les hommes de Harmonik ont fait une bonne proposition aux abonnés de ce festival. Nous disons proposition par le fait que ce groupe a tenté de faire sur scène ce que tous les groupes devraient faire dans un festival de telle envergure. Des habits de scène, une bonne introduction, des jeux de lumières (trop courts), des chorégraphies, de la bonne musique et des interactions réussies avec le public sont autant des choses qui peuvent assurer la grande et bonne participation d’une bande musicale à un festival. Ils ont tenté tout cela. La prestation du groupe a frôlé la réussite totale. N’étaient un mauvais choix de morceaux et les sempiternels allers-retours de certains riffs, Harmonik pourrait se trouver seul dans une catégorie à cette 18e édition. L’hommage à Prince tout de même tombait comme un cheveu sur la soupe.
Sweet Micky, le très attendu
L’annonce de la présence de la formation musicale de l’ancien président d’Haïti Michel Joseph Martelly a fait l’effet d’une bombe dans le milieu musical. Plus d’un avait souhaité voir l’autoproclamé Président du Compas dans ses jours de grand performeur. Après une soirée super réussie à Iguana Café, le groupe Sweet Micky, avec le retour de son guitariste fétiche Alex Tropnaz et l’intégration de T-Ansyto, a fait une belle prestation au “Compasfest”. Tout a commencé avec un show de Sandro Martelly sous une chanson à la sauce dancehall. Flanqué de deux jolies danseuses, et avec le support musical des musiciens de la bande à son père, le jeune homme a montré qu’il a pris du poids dans sa prestation scénique. Il a dansé, chanté et même communiqué avec une meilleure facilité. Toutefois, il a semblé que Sandro avait oublié qu’il était là pour introduire son père.
L’arrivée de Michel Martelly sur le podium a créé du vacarme tant dans la foule que sur le podium. Tout le monde brandissait le téléphone portable pour éterniser ce moment tant attendu. L’ex-président d’Haïti a démarré avec une nouvelle chanson qui n’avait pas vraiment sa place dans le show. La prestation a pris son envol avec un beau medley fait de morceaux populaires tels que “Grenadier” et “I don’t care”. La foule était liesse. Avec une énergie digne d’un jeune de 25 ans, Michel Martelly a fait grandiosement ce qu’il sait faire le mieux. Sweet Micky a conclu son show avec une partie de carnaval. Le très controversé morceau “Ba l bannann nan (Ti Lili)” a été joué.
Somme tout, après cinq d’absence, Sweet Micky est de retour de plus belle. Michel Martelly revient avec sa couronne comme le meilleur “one-man-show” de la musique haïtienne.
T-Vice, le plus chaud
Pas de mots pour qualifier la prestation de T-Vice. Les adjectifs grandiloquents pourraient déranger les puristes dans la musique haïtienne. Les mots simplistes ne feront pas justice à cette bande musicale dont le professionnalisme et la détermination ne sont plus à prouver. Avec des costumes de scène très frappants, le groupe se Roberto Martino n’est pas passé par quatre chemins pour marquer en lettres d’or sa participation à la 18e édition de Haitian Compas Festival. Un début avec un compas rythmé et des parties de carnaval ont permis à T-Vice d’être le groupe qui a eu la plus chaude réaction de la foule. La fameuse et éternelle chanson carnavalesque ” Elikoptè a” a encore eu un accueil fou. Malgré une brève coupure de la sono au beau milieu du show, Roberto et ses hommes ont mis le feu au parc.
Djakout #1, encore décevant
Pas la peine de s’éterniser sur le show de Djakout #1. Pour ceux et celles qui connaissent la capacité des hommes de cette bande, sa prestation de samedi dernier à Bayfront Park a été le fruit du désordre, de l’instabilité et de l’indiscipline. Vraisemblablement, Djakout # 1 n’avait pas préparé un show. Même le grand talent d’animateur de Shabba n’a pas été suffisant pour permettre à cette formation de rester digne de son rang de “gwo djaz”. Toutefois, il faut souligner qu’ils n’ont pas été ridicules. Shabba a déployé tous ses efforts. Le public a eu une bonne réaction, mais loin de celles auxquelles le #1 est habitué.
Klass, le confident
La bande à Richie a eu la lourde tâche de fermer la 18e édition de Haitian Compas Festival. Sans brillante introduction, Klass s’est lancé dans l’interprétation des chansons de son dernier album. Une attitude de confidence pour ce groupe très prisé ces derniers temps. La chanson “M ap marye” a été chantée par presque tout le parc. Une bonne note pour ce jeune groupe d’artistes confirmés de la musique haïtienne.
En résumé, cela s’est bien passé. Toutefois, après dix-huit ans ans, organisateurs et groupes musicaux de la Haitian Compas Festival doivent s’entendre pour offrir un spectacle de standard international. Il est inconcevable qu’un festival qui se fait au cœur de Miami avec en majeure partie des groupes vivant aux Etats-Unis ne puisse pas compter des performances où se marient parfaitement jeux de lumières, chorégraphies et bonne musique. Le niveau n’est pas si haut. Nous devons rehausser la barre. Il faut aussi un endroit précis pour que la presse fasse son travail comme il faut.